UN TRÉSOR D'ÉMOTIONS

« Un tableau d’un sentiment élevé et d’une belle impression d’après nature peut perdre par l’exécution [en atelier]. L’exécution n’est cependant pas capitale.  L’essentiel est la justesse de l’impression ». Extrait, Notes d’art n°6, 1928.

Un lieu indépendant réservé aux artistes

Artiste vivant pour son art, Lucien de Maleville passe ses journées dans son atelier. Ce lieu interdit aux proches est indépendant de la maison principale. Maleville reçoit à l’atelier ses confrères lorsque ce n’est pas lui qui se déplace dans leurs ateliers. Car ses relations artistiques sont très nourries, à Paris comme en Province. Ses carnets d’adresse mettent à jour de nombreuses amitiés avec des hommes de lettres et des arts, prenant soin d’indiquer le domaine de spécialité de la personne ou l’intermédiaire qui les a fait se rencontrer.

La rêverie devant l’étude

« Le travail d’atelier, indispensable. Corot prétendait qu’il tremblait devant la nature et qu’à l’atelier il était Dieu, il créait. »

L’effort considérable que l’on fait devant la nature a donné une étude consciencieuse, approfondie, qui sert de point de départ. Mais à l’atelier, on peut s’apercevoir de certaines erreurs de lignes. On peut redresser un terrain, supprimer un arbre, etc. etc., toutes choses qu’on n’a pas le temps de faire d’après nature, et qu’on n’oserait même pas faire, car on croit cela nécessaire. C’est par une réflexion très approfondie, une rêverie devant l’étude, à l’atelier, qu’on s’aperçoit que celle-ci renferme, souvent, des détails qui nuisent à l’effet. A l’atelier, on ajoute un peu. Le plus souvent, on supprime. Supprimer tout ce qui ne concorde pas à l’effet.

Lucien de Maleville

Notes d’art n° 5, début 1928- fin 1929

Une richesse irretrouvable

Il faut arriver, chez soi, à faire mieux que dehors. Corot l’a fait. D.L. [Désiré-Lucas] le fait. Ses tableaux, faits à l’atelier, sont souvent supérieurs aux études faites dehors. On bénéficie à l’atelier du calme : pas de gêneur, pas de froid, pas de pluie, pas de soleil, etc. etc. On peut mieux peindre, en tant que peinture […].

D’autre part cela permet de conserver les études faites d’après nature, qui sont souvent une richesse irretrouvable. Penser à l’avenir : la vieillesse, les voyages impossibles, etc. On aurait là un trésor d’émotions où l’on pourrait puiser. Le faire aussi riche que possible. Penser à ses enfants : leur laisser cela. »

Lucien de Maleville

Notes d’art n° 5, début 1928- fin 1929