L’association est dépositaire du fonds d’atelier de l’artiste Lucien de Maleville comportant plus de 10 500 pièces, autant de « trésors d’émotion » comme il l’écrivait.
Bustes de Fénelon et Montaigne en plâtre, moulés d’après Pierre-Joseph Chardigny
Collection fonds d’atelier de Lucien de Maleville, © Association Lucien de Maleville
Par Olivia Arana de Maleville, janvier 2026
Pierre-Joseph CHARDIGNY (Aix-en-Provence, 1794- Paris,1866)
Il occupe une place représentative de la sculpture française du XIXᵉ siècle, à la croisée du néoclassicisme académique et de la sculpture officielle. Formé à l’École des beaux-arts auprès de maîtres reconnus comme Bosio et Cartellier, il développe une œuvre marquée par la rigueur du dessin, la noblesse des attitudes et le goût des références antiques et historiques. Son activité est particulièrement notable dans le domaine du portrait sculpté — bustes et médaillons — où il excelle à conjuguer ressemblance physique, sobriété expressive et dignité morale. Chardigny réalise également des statues monumentales et décoratives pour l’espace public et les grands édifices parisiens, tout en répondant à des commandes internationales, notamment en Espagne et aux États-Unis. Son œuvre, aujourd’hui conservée dans de nombreuses collections publiques, témoigne d’un sculpteur polyvalent, au service des institutions, de la mémoire des grands hommes et de l’idéalisme esthétique de son temps.
Michel de MONTAIGNE(1533-1592)
C’est l’une des grandes figures de l’humanisme français, dont l’œuvre et la pensée sont indissociables du Périgord. Né au château de Montaigne, près de Bergerac, au cœur du pays périgourdin, il y passe l’essentiel de sa vie et y rédige les Essais, retiré dans la « librairie » de sa tour. Issu de la petite noblesse locale, il demeure profondément attaché à sa terre natale, qu’il administre comme seigneur et qu’il représente comme magistrat au parlement de Bordeaux. Maire de Bordeaux mais avant tout gentilhomme périgourdin, Montaigne fait de son domaine un observatoire privilégié du monde, où l’expérience personnelle, la vie rurale et les troubles de son temps nourrissent sa réflexion. Le Périgord, espace de retrait, de liberté et de mesure, façonne son goût pour la modération, le scepticisme et la tolérance. Loin de Paris, Montaigne invente une œuvre universelle enracinée dans un territoire, faisant de sa province un lieu central de la pensée européenne.
François de SALIGNAC de LA MOTHE-FENELON (1651-1715)
Il est une figure majeure de la pensée religieuse, pédagogique et littéraire du Grand Siècle, profondément enracinée dans le Périgord. Né au château familial de Fénelon, à Sainte-Mondane, au cœur de l’actuelle Dordogne, il appartient à une ancienne noblesse périgourdine dont plusieurs membres ont marqué l’histoire ecclésiastique locale, notamment à Sarlat. Cette origine provinciale, marquée par une culture humaniste précoce et un attachement durable à la modération et à la vie intérieure, nourrit toute son œuvre. Devenu précepteur du duc de Bourgogne, puis archevêque de Cambrai, Fénelon élabore une pensée politique et morale exigeante, fondée sur la justice, la paix et le refus de l’absolutisme guerrier, magistralement exprimée dans Les Aventures de Télémaque. Sa disgrâce à la cour ne fait que renforcer son image d’homme de conscience. Le Périgord demeure ainsi le socle intellectuel et spirituel d’un auteur dont l’influence s’étend bien au-delà de son siècle.
Le château de Fénelon en Périgord fut la propriété de la famille Maleville à partir du milieu du XIXème siècle. Ernest de Maleville puis son fils Lucien de Maleville qui en hérita en 1911 s’employèrent à préserver cette forteresse jusqu’à sa vente en 1928.
Le lien entre Fénelon et Montaigne
Ce lien n’est pas biographique mais intellectuel et doctrinal, et il s’inscrit dans une filiation majeure de la pensée française. Fénelon connaît et lit Montaigne, dont les Essais font partie du socle humaniste de sa formation, même s’il s’en démarque sur plusieurs points essentiels. Il retient de Montaigne le refus du dogmatisme, la défiance envers les certitudes absolues et l’attention portée à l’expérience humaine concrète, notamment dans le domaine moral et éducatif. En revanche, là où Montaigne assume un scepticisme radical et une morale fondée sur l’observation de soi, Fénelon réinscrit ces intuitions dans un cadre chrétien exigeant, orienté vers la charité, l’humilité et l’ordre spirituel. Sur le plan pédagogique et politique, Fénelon prolonge Montaigne en privilégiant une éducation fondée sur le jugement, la douceur et la raison plutôt que sur l’autorité ou la contrainte. On peut ainsi voir en Fénelon un héritier chrétien et moraliste de Montaigne, qui transforme l’humanisme périgourdin des Essais en une pensée de gouvernement et de direction des âmes.



